Jeudi 6 juillet 2006
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L’idée de redonner en lecture sur le blog ces textes pour la plupart inaccessibles depuis plusieurs années ne m’a pas semblé farfelue. Ne donner en lecture que des textes qui sont déjà passés par l’épreuve du papier procure la distance salutaire à tout acte de création, aussi humble soit-il…
Au passage vous reconnaîtrez les toiles de l'ami ANTO. Rencontré en 1994 alors qu'il vendait ses dessins sur une petite table de camping sur le parvis de Beaubourg, Anto Vayssière responsable de la couverture de mon premier roman Un enfant de cœur et d'un tiré à part à 50 exemplaires publié en Belgique par Guido Kuyl de la revue KITOKO JUNGLE MAGASINE est un compagnon des chemins de traverses.
Depuis il a monté une galerie et invité plein de monde autour de lui. On peut le visiter avec le lien Anto. Je lui ai demandé un dessin pour Souffles. Et il a aussitôt répondu présent. Par amitié, et fidelité je suis heureux de vous présenter son travail remarquable, il me semble.I
Il est des fauves dont les yeux de bronze brûlent la terre d'Afrique,
sépulture sinistre, carcasse noire, ossature calcinée,
bateau éventré sur les rochers secoué aux vents de la mer.
Allongés dans l'herbe le flanc percé, ils secouent leurs crinières.
Dans les lignes de la main des vagues accrochent des étincelles au bois d'écume.
Opium perle noire et pétillante sous la flamme.
Les pieds enfoncés dans le sable des boules argentées frappent et rebondissent entre les mains aux gestes alourdis.
Lumière d'arc-en-ciel dans l'herbe brûlée.
II
Lorsque la vague de fond refait surface de part en part déchirant le ventre, entre les dents le sang d'acier poisse, dans les mains la sueur colle à la peau.
Mascarades de bohémiens, possesseurs d'horizons en partance, chinois de passage habitant Paris j'écris des mots obscènes sur les vitrines sales des quartiers pauvres.
Ecriture automatique enivrée de sensations.
Dans les rues de l'oubli hurlant la mort avec les autres loups, embarqué sur le même navire des circonstances, aveuglé par la lumière crue des néons braqués sur nos vies je ne partage plus vos cieux fantastiques.
Les histoires sordides de soldats qui se suicident me font rire.
Demain ne ressemble à rien.
Entre les alertes de l'enfance je veux te dire la peur que j'ai de te perdre oiseau d'une vie sans nom, fleur de guinguette le sourire de l'insouciance dans la gorge comme une poignée de cristal.
Toi qui sais ne cache pas toutes ces choses qu'on garde de côté de peur de les omettre et qu'on finit par oublier.
Tu veux toujours que ta mère te tienne la main quand je cherche refuge dans ton corps.
Toute entière en moi je t'emmène au marché noir des caresses imméritées.
Mes voyages s'achèvent sur vos plages pardonnez-moi encore si je n'étais pas dans vos cartables à vous glisser des mots fous aux oreilles pour vous donner la fureur entre les jambes envie de courir après la fille du vent qui connaît la couleur des yeux du fleuve.
J'étais absent la tête en attente pour des voyages qui sommeillent chevauchant des monstres vapeurs.
Je voudrais bien parler mais les mots s'étranglent dans les geste.
Les années effacent mes souvenirs d'un après-midi d'été trop chaud.
A quel espoir dois-je accrocher mes mains?
III
Cette rive où les vagues s'écrasent dans le fjord d'une mer glaciale j'y ai trempé mes doigts avant de les plonger dans ta bouche.
Un chat de gouttière et un enfant fier dans leurs amours écoutent souffler le vent, java triste d'une cheminée.
La nuit garde ses étoiles au chaud de peur que n'arrive le jour avant l'heure un ballon rouge s'égare dans le ciel d'un trop grand bleu.
IV
Au début lointaine comme une envie sourde une esquisse dans le poids de l'air.
Nonchalamment bercé dans le haut des cimes je cherchais l'aube de la respiration.
La mer remontait sans cesse cherchait à aller plus loin sans pouvoir aller plus loin se déchirer complètement prendre son envol définitif du rivage.
Dans ma mémoire rien n'est oublié.
V
Tête nue cartable en bandoulière exposé aux vents, aux vents d'hiver un enfant allait vers vous, je me souviens l'aimer encore.
Pas de regrets dans mon encrier j'ai mangé le reste du pain nu au goûter.
Je me suis habitué à la recherche de l'amour fouillant au creux de la main dans les replis de la peau l'amie d'hier.
VI
La voix éraillée d'un amour de juke box inonde la pièce d'une mélodie indistincte.
Le flipper tilte et frétille entre les cuisses, louve en extase.
Derrière un verre de bière une cigarette se consume devant la glace.
Un océan de vagues défile à mes pieds, pas une goutte d'eau pour m'arracher quelques vérités.
Se déroulent les images.
Aucune ne s'échappera pour laisser la porte s'ouvrir sur ton sourire sur tes bras à la solde du vent.
Oublier les regards du monde fixés en insulte sur notre îlot. Naître de toi et donner raison à mon rêve.
Te voler la tendresse dont j'ai besoin.
Assis à on côté je contemple la folie que tu verses dans mes yeux.
Il n'y a pas d'issue possible coincé entre un immeuble et un juke box.
Donnes moi encore de quoi oublier.
VII
A force de trimballer ma carcasse je laisse des os sous les roues des vélos qui passent dessus mon dos.
Habituellement mon ombre me suit lorsque j'essaye de l'essuyer d'un revers de main, je ne sais plus rien de ce que je veux savoir.
Rien ne sert de savoir ce que l'on va faire défaire la cathédrale de cartes sur la table.
Elle parait fragile ne repose sur rien.
Rien que d'y penser on la voit s'écrouler.
J'écrase d'un revers de main qui ose souffler sur le jeu. Souffler n'est pas jouer.
Seul à seul avec les ruines d'un châteaux dont personne n'a osé franchir la porte.
Je voudrais savoir que rien n'ébranlera ma ferme volonté de vivre.
Partagé entre mon désir et celui qui me regarde une carte à la main.
Serait-elle truquée?
VIII
Visages rencontrés,
autant d'étoiles croisées dans la nuit
au hasard d'une rue, à la vitesse lumière.
autant d'étoiles croisées dans la nuit
au hasard d'une rue, à la vitesse lumière.
IX
Comme des galions espagnols des femmes passent dans le brouillard de la vague.
Leurs yeux de feu à l'abri de leurs ombres dirigent ma solitude.
Brises du nord pour matelots en mal de vent.
Elles passent et rejettent sur la rive mon corps faisant eau de toutes parts à la dérive dans les remous océaniques. Menuisiers d'amour colmatez ma carcasse.
Percez ce brouillard qui vous entoure.
Eclairez ce chemin qui raconte la mort.
Mon espoir n'a pas rompu ses amarres.
J'ai ancré mes dents au fond de tes chairs pour ne pas succomber à la tentation du vent.
Pétale de rose soleil écarlate à l'état brut.
La sève de ton corps coule dans ma bouche.
Néant de l'espace, eau je m'évapore pour me mêler aux éléments du feu,
sublime de cristaux à éther, me fond et forme l'unité d'un corps.
Comme un navire fend la vague le vent craque dans les membrures au rythme des sexes en extase.
X
Lorsque le vent s'engouffre en grande furie dans les ailes des branches.
Tête de poisson nègre, damné d'entre les trois guerres, seul entre les arbres, debout sur la route j'abandonne un fou, une fleur sacrifiée à la main.
Smicard assoupi aux sirènes du quotidien.
Mes espadrilles à la main au sable du zénith accroché à ma carapace pour ne pas qu'elle s'envole, je compte des minutes espagnoles sur la route de l'Afrique, délaissant ma peau desséchée au fossé de la vieille Europe.
NUIT D'HIVER
"Je ne veux pas de votre monde
Ni de votre logique
Encore moins de votre langage
Auquel il manque tant de mots".
Jeanne Hyvrard
I
J'ai l'arrogance de ceux qui cherchent un port sur le chemin de l'amour inverse.
Râpés aux coudes mes désirs partent en lambeaux.
Les corbeaux de novembre amènent un autre jour plus long, nos amitiés s'effilochent.
Ma tête un champ de labour où l'eau glauque croupit au creux des chemins, trépasse noire sous les ponts.
Viens dans cette nuit, dans cette longue nuit d'hiver.
II
Tu penses me connaître.
Je n'ai rien dit de plus que tu ne saches déjà, mais en dissimulant bien l'essentiel.
Pourtant je n'ai pas l'impression de trahir.
J'aimerais partager les certitudes, ne pas connaître l'angoisse du doute bien qu'il y ait entre nous tous ces lieux communs à travers lesquels on se retrouve camarade de l'ombre chacun sur son trottoir perdu à convoiter l'existence de l'autre endormi dans un bonjour banal.
III
Parler de ces choses banales et dissimulées pour ne se retrouver sans cesse dans ce demi-sommeil où l'on n'oublie rien.
Parler toujours de soi sans repos sans remords à bouche ouverte sans pudeur pour excuser sa peur cousue au fil blanc.
Parler dans ce siècle chargé d'histoire décrypter les mots les remettre à d'autres places trop de trous dans la mémoire.
Qu'y a-t-il de si important à oublier?
Parler pour se rassurer du vide agrippé à des méduses pour que ne s'éteigne la lumière quand l'enfant s'endort.
Parler pour la place du rêve.
IV
Ne m'en veux pas de parler de sourires déchirés de matins naissant dans un jour sans merci.
J'ai si honte de mon existence volée à l'étalage d'un marchand de rêves.
Je passe sous silence l'horreur des cris pour demeurer à mi-voix.
Car il faut que tout soit du premier jour pour ne pas repartir les mains vides.
La distance est longue de toi à moi ma voix ne porte pas bien loin.
As-tu entendu en réalité ce rien susurré aux bribes du vent?
V
J'ai peur de ce puits peuplé d'esprits reflétant ma tête au fond la nuit venue ils m'arrosent je me réveille trempé les épaules et le front humides.
Le jour ils peuplent mon dos, me poursuivent si je suis seul.
La nuit venue ils dorment sur le bord de ma fenêtre et m'attendent pour s'acharner contre moi.
VI
S'il m'arrive de ne plus croire en toi j'aimerai parfois te revoir, savoir ce que tu deviens peuple des ténèbres.
Es-tu espoirs morts clameurs éteintes? As-tu de guerre lasse baissé les bras pour laisser la parole au silence
Tu le réclames à corps et à cris.
Ta voix nasillarde remplit l'espace d'un murmure régulier et obsédant.
Tu parles pour ne rien dire.
Assassin du silence qui es-tu?
VII
Ecrit-on sur les murs pour le vent qui passe?
A courir en tous sens on se retrouve face à ces murs froids. Derrière eux à jamais enfouis quelles vérités, quels crimes protégés par des tessons de bouteilles, armes nocturnes, cruelles, infâmes.
Mains invisibles qui serrent la gorge, prisonnier d'un monde qui n'est pas le sien.
VIII
Suis-je naïf de penser que rien n'est impossible au bout se balance la mort cette certitude dans la gueule.
La vie va grondant les soirs d'orage au fleuve qui traverse le paysage.
Ma folie n'est pas meurtrière juste un fou rire.
Renaître savoir que tout dort sans brusquer les choses.
Chemin tracé dans l'usure des pierres.
IX
Tout au fond du navire un peuple de passagers clandestins pourrit avec les rats sa survivance trahi par l'histoire.
Il y a urgence à vivre ce siècle nos désirs dictés par la peur.
Dans ces visages l'incompréhension la rage de l'impuissance, le poignard dans notre fierté, les arbres desséchés, là où d'autres ont vu fête et soleil.
X
Tu appartiens aux hommes, dans la pénombre du ciel tu es transparent, mais tu n'as que cinq doigts pour apprendre.
Je sais ton incertitude.
Tu passeras au travers des êtres sans les connaître, palperas l'ignorance, pour trouver la main qui te manque.
XI
Je suis d'un pays qui ne se nomme pas.
Je sens poindre la haine dans les regards.
Le long des murs je rampe et cherche à tâtons le chemin de ma maison.
La honte et le désespoir dans l'âme de n'être pas assez fou pour en rire.
XII
Si je pouvais connaître la profondeur exténuante de la vie.
Je ne me contenterais plus de la simple raison.
L'existence de la mort serait remise en cause.
X
Je suis revenu ne doutant de rien glacé jusqu'au détour du rire.
Vois l'oiseau et son chemin.
Les routes ne mènent pas.
J'ai rencontré dans la rue un ami qui m'attendait là.
Il m'a montré pour aller chez moi.
Je reviens sans trop savoir où j'étais passé pendant ce temps. Une valise dans chaque matin
Je ne suis pas à l'heure.
J'ai loupé le début du film.
J'ai oublié mon nom.
Celui qui marchait était ce bien moi?
Qui m'aurait chassé pour prendre la place?
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