Le fabuleux destin de président de la république et de Pierre Ballouhey
À la recherche de nouveaux projets biographiques
Par Hanns-Georg Brose

Modèles typiques d’évolution biographique dans le domaine de la transition entre des « cours de vie normaux » et des « projets de vie nouveaux »
Je vais présenter ici différents types d’évolution biographique. La base à partir de laquelle furent élaborés ces « types idéaux » (sensu Max Weber) d’évolution biographique est issue d’environ soixante-dix interviews d’intérimaires que nous avons menées et évaluées au cours des dernières années. Au début de notre enquête, nous partions de l’hypothèse relativement simple selon laquelle les intérimaires présenteraient un cours de vie soit marqué par des processus de marginalisation et de précarisation, soit – mais nous considérions ce second point avec plus de scepticisme – provenant de projets de vie de drop out et de représentants d’orientations post-matérialistes, par exemple. Il apparut très vite que l’éventail de conditions de vie des classes et des systèmes de valeurs était beaucoup plus varié que ce que l’image habituelle du travail temporaire laisse supposer en termes de destinée subie ou de liberté choisie.
C’est pourquoi nous avons tenté de placer la classification des itinéraires biographiques d’intérimaires dans un contexte qui permet d’identifier les passages vers des biographies et des conditions de vie normales. Je commence par l’ébauche de quatre types qui furent rapidement identifiés dans notre champ d’étude. Il s’agit tout d’abord du type que nous avons appelé « type passion » et ce, au double sens du terme. Dans un langage quotidien : ce sont des personnes pour ainsi dire « mariées » à leur travail, hors du travail salarié, et poursuivant une idée fixe. Il en résulte une limitation spécifique des possibilités quotidiennes qu’ils ont de s’engager dans d’autres activités ou de s’impliquer dans d’autres domaines. Ils vivent seuls, et ceci est également typique, et il ne subsiste aucun espace pour des engagements sociaux en dehors du travail qui n’a cependant pour fonction essentielle que d’assurer la subsistance matérielle. La vie à proprement parler est consacrée à une tâche, un but, un idéal placé dans un avenir lointain et souvent demeure abstraite, ce qui est caractéristique. Nous pouvons citer, comme cas particulièrement significatifs dans notre étude, un ingénieur qui travaille depuis trente ans sur un problème mathématique, plus précisément à la solution de celui-ci ; une femme, à l’origine attirée par la religion, le domaine religieux, et qui envisageait, dans sa jeunesse, d’entrer dans les ordres ; ou encore cet ouvrier qualifié qui change toujours d’emploi dans l’intention d’étendre ses connaissances et ses aptitudes : il rêve de mettre un jour sur pied un projet de construction dans le tiers-monde. Dans chacun de ces cas, l’adolescence ou le début de l’âge adulte a été marqué par un événement ayant provoqué une sorte de conversion. On peut, en quelque sorte, parler de vocation. La perspective biographique s’oriente certes vers un but en principe susceptible d’être atteint, mais ce but ne constitue, par ailleurs, en aucun cas la phase finale d’une évolution. À l’extrême, on imagine même une vie après la mort et jusqu’à ce que ce but soit atteint, on s’accommode de privations et d’ajournements. C’est un présent qui dure en vue d’un avenir lointain, en vue de ce qui doit encore arriver. Ces biographies ne sont sûrement pas particulièrement typiques de notre échantillon d’intérimaires, on pourrait aussi les rencontrer dans d’autres champs empiriques. Mais on comprend aisément pourquoi le travail temporaire en tant que forme d’emploi où les liens sociaux habituels sont réduits au minimum, s’avère être particulièrement adéquat aux représentants de ce type.
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