Jours de pluie à New york

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1

Le tam-tam de la nuit vaillante porte
Sur son dos le mépris et les restes du festin.
Il joue avec la frayeur des hommes
Qui courent nus et dansent sous les réverbères.

Les dentelles échancrées sur des cuisses blanches
Pourrissent entre les planches disjointes
Et crasseuses d'un bordel.

La flamme empesée de brume dégouline.
Des plaques d'égout la vapeur monte.
Des ambulances, des sirènes, le business tourne.
Des vendeurs de tee-shirt en sueur à un feu rouge.

Le mystère fiévreux des taxis jaunes
Court sous le pavé.
Chevaux ivres de cuivre fondu.

Armées d'ombres venues de l'Europe
En pèlerinage sur l'île des larmes
Aux parquets noirs et étincelants.
Fiers passagers, besogneux portiers de nuit.

2

Des ventilateurs coupent les boucles de l'air.
Collée à chaque instant la frénésie moite
De la 65ème rue. Par les aérateurs un ciel rouge.
En haut de trois cheminées deux ampoules clignotent.
Des voitures s'engouffrent dans un pont suspendu.

Dites-moi ce qu'il faut voir!
La nuance fade des gris se répondant en échos,
Ces uniformes bleus amassés au coin d'une rue,
La marche des cuisinières en grève.

Carrefours d'écoliers criant cartable sur l'épaule,
Sirènes orphelines allumant leur détresse,
Gardien des grèves de l'insolence,
Flambeau allumé d'un bras armé.

Les coups heurtent les portes sombres
Où s'embrassent les gosses échevelés.
Clignotez les feux, chantez les sirènes
L'opéra de votre utilité!

Une horloge rythme au carillon sa présence.
Voici l'exercice pour se délivrer de la foudre:
Prendre d'assaut les rails, et fuir à Long Island
Caresser le ventre des Boeing.

3
Le marteau pilon écrase le métal.
Le rêve des hommes érige des forteresses.
Mensonge de l'or fondu. Empreinte du moule
Des empires coulés dans la glaise.

Les arbres se reflètent en trompe-l'oeil
Dans le glacis de ces temples de la mémoire
Où se superposent les images des statues d'airain
Et les douilles de cuivre.

Crieurs de loteries, cireurs de chaussures
Piétinent dans l'antichambre des miracles.
Depuis les taudis la vague déferlante
Récite la leçon des privations.

Vendeurs de falafels aux portes des écoles
De la classe sans fièvre qui remet en selle
Les gloires sauvages des voleurs de feu,
L'épopée du monde ancien, du passé sans écho.

Comme la licence des temps modernes ignorante
De ses fondations ne se chante pas,
A la sérénité j'aimerais rendre hommage,
Et en peintre des mots divulguer le secret
De l'araignée à sa toile.

4


D'une ville me reviennent les scènes
De rues tremblantes, claquant au vent.
Plaies ouvertes sur des cieux frappés d'agueusie.
Amours chimériques, vulves de mangue,
Passagères inabordables.

Les paysages d'hommes chancellent de fatigue,
A ces êtres ne manquent que la peur.
Les minutes, les heures n'apportent pas leurs promesses.
Veines haletantes sous la peau.
Odeurs d'encens des quartiers réservés
Ou s'égarent des passantes.

La machine crache son souffle,
Crissements de freins, plaies des yeux hagards.
Les infortunes n'empêchent pas de prendre part
Aux jeux de hasard.
Il reste à découvrir l'invention
Qui projettera l'imagination
Et conditionnera les orages.

5

Le soleil a achevé de se consumer
Dans le reflet des vitres.
Le coeur des cités derrière
Leurs portes sommeille.

Souvenirs confus, mots étranges donnés
En échange de quelques moments en îlots posés.
L'occasion de crier contre les joies enfantines,
Les jeux de la prière se présentera toujours.

Les foules apatrides vivent de rumeurs
Et d'accents révoltés. Fuyards venus se fondre
Dans l'étrange capitale des désirs.

Ici réunit la mémoire des homeless.
Vagabonds terrestres, qu'envisagez-vous
de dessiner sans amertume?
Qu'espérez-vous en ces temps révolus?

Le carrousel des chevaux tourne
Sa ritournelle éternelle. Notes figées
Qui crèvent les tympans. Joies étranges.

6

La ville pétrifie les hommes;
Soldats prisonniers des lacs d'argile.
Des rues encombrées pleurent les hauts parleurs.
En bras de foire, les forts des halles
Mènent des carcasses de viande.
Si tôt et déjà l'odeur de fruits écrasés.
J'aime ce parler rêche autour des étals.

Je sais des aubades qui allument les réverbères,
Tempêtes qui jettent les terres arides au fossé,
Guitares pour des mains de cuivre, chants de cabarets
Voix noyées de vin âpre. Passagers entre deux eaux,
De vous je me souviens; vous rentrez dans l'ombre
doux visages me consolant.

Heure où s'éveillent les hommes, clignotants des camionneurs.
De l'autre côté du monde la tempête nous demande
De fermer les yeux et renvoie ses images de désert.

7

Des pièces de cuivre jetées
Dans une fontaine protègent du mauvais sort.
Un toréador infatigable arrache à la grande
Carcasse des jours les recettes superstitieuses.

Quelques parts de pizza dans un carton,
Des clochards nus revêtus du masque des tragédies,
Grouillent dans les entrailles des poubelles.
Voici des clichés arrachés à votre insu.

Qu'espérer des passages orientaux,
Des jeux enivrants du hasard
Que les drames du théâtre ne représentent pas?

Quelques raisons superficielles du monde
Profond n'ont pu entacher la découverte
De joies particulières.

Ces scènes transforment nos rêves en réalité,
Le nier serait mentir.
Les images frappées à l'effigie d'un quelconque
Immortel en sont le prix à acquitter.


8

Des tonnes de ferraille gonflent
Les muscles ruisselants des poitrines.
Figés dans un rictus que tranche la lumière
Des hommes broient des caisses et crachent du papier.
Des ordres s'engouffrent dans la muraille.

Sous le pont à l'abri de la pluie
Un feu improvisé tient lieu de Pow-Wow.
Combien aujourd'hui et demain?
Des mains caressent le couteau de la survivance.

Tenus en laisse, des enfants vomissent
L'air respiré.
Des tonneliers donnent au fleuve leur labeur.
Des boeufs de prairie sommeillent dans un parc
Et broutent des pierres blanches.

La puissance du vapeur silencieux
Traverse la baie. Chesapeake de brume
En quarante années de nuis de maraudeur
se confesse. Matrice de l'océan.

La bouche bleue du fleuve enserre la langue
De la baie. La peau colle. En d'infinies présences,
Des mèches de cheveux flottent dans ce crépuscule.
Ce n'est ni un mirage ni un mensonge.

9

Bateaux traçant des sillages dans le ciel
Topographies inventées chargées de voyages linéaires.
Roulis, café amer, printemps orphelin de l'hiver,
Me viennent ces mots en scansion.

Vers moi ces grandes joies de paquebot
Des enfants de la méditerranée sur la tête
Portant des paniers de fraises, de cerises.

Bercé d'un univers grouillant, le métronome
De chaque jour nous catapulte dans l'illusion.
Eclats de voix, éclats de rires
Dans cette béatitude de demi-sommeil
Révolté par le vol d'une mouche.

Parmi les écueils ou sur la voie lactée
La laisse des souvenirs à genoux
Dépourvue d'aube, se reflète
Dans l'azur de la mer noire.

Côte Est survolée de nuit, champ de tournesols
Plantation de lampadaires
Qui dardent leurs signaux sur le bord de l'océan.
Comment de notre paysage évincer la nuit
Quand disparaît le soleil?


Ce texte est disponible dans son intégralité auprès de Michel Cosem des éditions Encres Vives à Toulouse.

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Publié dans poésie

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Super poème, Saïd. Bravo et merci. J'ai bien envie de me procurer le papier imprimé, mais ça oblige à rechercher le Michel Cosem d'Encres vives. Pourquoi ne mets-tu pas un lien ?
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